Témoignage de Monsieur Henri ORQUERA

Je viens donner mon témoignage personnel au sujet de votre page Internet concernant l'énigme de la mort du Général Leclerc.


J'avais 8 ½ ans à l'époque et nous habitions Colomb Béchar où mon père conduisait les trains des Chemins de Fers Algériens.

J'étais jeune "Louveteau", notre cheftaine était fille d'officier et notre local se situait dans des bâtiments militaires.


Ce jour-là je faisais partie de la garde d'honneur sur la tribune qui attendait le Général Leclerc sur la Place des Chameaux de Colomb Béchar. Tout le monde était en grand uniforme et au garde-à-vous.


Il faisait un temps genre sirocco très gris et les nuages étaient très bas, avec de violentes bourrasques de vent qui renversaient parfois les jardinières de palmiers à côté de moi.

Nous attendions, nous attendions, nous attendions, et toujours pas de Général Leclerc ...

À un moment des militaires de la Légion sont montés dans leur Jeep et ont mis en route leur radio. Deux minutes après ils partaient en trombe, puis le bruit a circulé que le Général Leclerc ne viendrait pas, car il avait eu un accident.

Tous ceux qui comme moi étaient au garde à vous depuis longtemps ont commencé à se dégourdir les jambes, puis nous avons reçu l'ordre de rentrer chez nous.

Des bruits couraient sur un drôle d'accident d'avion inexpliqué, sur le fait que 13 corps avaient été retrouvés alors qu’il n’y avait que 12 passagers dans l’avion, sur ce mort mystérieux en trop non identifié avec des habits différents des autres militaires, sur la difficulté de reconnaître les corps, sur une tête manquante, etc. Les adultes en parlaient entre eux en chuchotant.

2 ou 3 jours plus tard, j'ai fait partie de la garde d'honneur pour veiller les cercueils des morts de l'accident. C'était dans une salle tout près de notre local de louveteaux.

Il y avait 12 très beaux cercueils avec sur chacun une plaque portant le nom de la personne, bien que pour certains on n'était pas bien sûr de ne pas avoir mélangé les corps ou des morceaux de corps (on disait que le corps du Général avait été reconnu avec certitude, mais qu’il n’en était pas de même pour les autres).

Mais il y avait en plus un 13ème cercueil en bois blanc sans aucune plaque.

L'ambiance était impressionnante, pas seulement par la présence des morts pour un gamin de 8 ½ ans, mais surtout par l'ambiance de mystère sur ce cercueil énigmatique.

À quelques jours de là on nous a dit de prendre un pique-nique car nous devions partir toute la journée. On nous a mis dans la benne d'un camion qui est parti sur les pistes cahotantes du désert. Après quelques heures de piste éprouvante nous sommes arrivés sur les lieux de l'accident.

L'endroit était plat et rempli de cailloux de couleur sable brun, surtout du côté de la voie ferrée où l’avion était tombé.

Un piton rocheux isolé se trouvait d'un côté à une centaine de mètres de la voie de chemin de fer du Mer-Niger qui reliait Colomb Béchar à Tanger. Les restes de l'avion s'étalaient juste de l'autre côté de la voie. La carlingue de l’avion avait été emportée, vraisemblablement pour expertise.

Certains restes de l'avion ou endroits proches de l'épave étaient recouverts d'une sorte de mousse beige très clair bizarre qui s'évaporait quand on la prenait dans la main. J'ai fait une carrière d'Ingénieur connaissant bien tous les matériaux et je n'ai jamais revu ce genre de matériau, si ce n'est dans des livres relatant des accidents d'OVNIs. Mystère.

On nous a expliqué que l'avion volait à basse altitude car, à cause du plafond très bas, il avait cherché à croiser la voie de chemin de fer pour pouvoir ensuite la suivre puisqu'elle mène à Colomb Béchar.

L'avion aurait ainsi croisé la voie, puis fait un virage pour y revenir et heurté au passage la colline isolée avant de s'écraser juste après la voie.

L’explication m’a paru simple et plausible.

Nous sommes retournés sur les lieux quelques temps plus tard lors de l'inauguration du monument en présence de la Générale Leclerc et de ses enfants.

La scène avait été filmée pour les actualités cinématographiques et je l’avais vue à l’époque. La voir à l’adresse http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=AFE85001971

Sous le nom COLOMB-BECHAR, SUR LES LIEUX OU MOURUT LECLERC.



Voici une photo du projet de monument commémoratif prise ce jour-là :




La photo est dirigée face à l'Ouest vers le Maroc. Le Sud vers Colomb Béchar est situé à gauche, et le Nord vers la Méditerranée à droite.

La voie ferrée qui mène à Colomb Béchar est dans notre dos, sensiblement parallèle à la ligne noire que l'on voit derrière la maquette.

Les personnes que l’on voit sont venues assister à la cérémonie. Elles sont alignées le long d’un immense carré tracé autour de la base du futur monument. Des lignes claires sont tracées au sol pour les besoins de la cérémonie.

Nous sommes dans une sorte de plaine où le terrain est plat et désertique, sauf le piton rocheux que l'on voit sur la droite de la photo, bien isolé dans ce paysage.

Dans le film on voit dans le lointain une chaine de montagne de faible altitude bien loin derrière la voie de chemin de fer et donc dans le dos de la personne ayant pris la photo ci-dessus.

On nous a dit lors de ma première visite sur les lieux quelques jours après l'accident, puis redit le jour de la cérémonie, que l'avion avait touché cette colline et qu'il était venu ensuite s'écraser juste après la voie ferrée située dans notre dos.

Étant donné le nombre de mystères qui se posaient à l'époque, j'imagine que les militaires ont du aller explorer et fouiller finement ce piton, mais je ne sais pas s'ils y ont trouvé des traces du contact de l'avion.

Depuis, je n'ai jamais eu d'autres explications plausibles pour expliquer cet accident et surtout sur le cadavre non identifié, bien que beaucoup d'hypothèses aient été émises.

Le gros trou relevé dans la carlingue de l’avion a fait penser à une explosion, et l’on a imaginé divers scénarii pour expliquer toutes les énigmes posées.

L'hypothèse d'un tir par des hommes postés sur le passage est irréaliste car personne ne pouvait prévoir que l'avion du Général Leclerc passerait par là à cette heure là.

Certains ont évoqué l'hypothèse d'un attentat par une bombe à retardement dans l'avion. C'est peu plausible car, en raison de la très mauvaise météo, l’avion avait pris du retard en se détournant pour croiser la voie de chemin de fer. L'accident a donc eu lieu vers le moment de l'arrivée prévue à Colomb Béchar, ou peu après.

Quel poseur de bombe en aurait programmé l'explosion pour l'arrivée de l'avion ou juste après ? Et cela n’explique pas la présence du 13ème corps et l’absence de la 13ème tête.

On a envisagé qu'un homme serait monté dans l'avion au dernier moment sans que ce soit inscrit dans les documents. On a en particulier évoqué un légionnaire qui aurait vengé ses camarades exécutés par le Général Leclerc pendant la Guerre parce que Français combattant sous l’uniforme Allemand.

Cette hypothèse me paraît difficilement soutenable.

D’une part ce n'est pas n'importe qui monte dans l'avion du Général Leclerc pour aller se promener à Colomb Béchar.

Et d’autre part, dans ce cas, on aurait très certainement retrouvé de qui il s'agissait. Un légionnaire qui disparaît est porté déserteur et ça se sait. Dans le climat de mystère et de recherche de l’époque, on n’aurait pas manqué de faire le rapprochement avec le corps en trop, bien reconnaissable à son habillement.

À moins que l’on ait voulu couvrir la cause de l’accident sous le Secret Militaire pour ne pas ternir la mémoire du valeureux Général.

On peut aussi imaginer toutes sortes d’hypothèses.

J’ai par exemple entendu parler d’un vieux militaire qui se promenait toujours avec 1 ou 2 grenades à la ceinture. Un jour il a arraché par inadvertance la goupille de l’une d’elle et il en est mort. Une hypothèse de ce type pourrait expliquer le gros trou remarqué dans la carlingue de l’avion. Mais pas le 13ème corps.

La présence d'un homme écrasé fortuitement sur les lieux juste au moment de l'accident est encore moins probable. L'endroit est totalement désert, loin de tout village, et sans aucune raison de se promener en cet endroit.

La probabilité qu'un homme se trouve en plein désert précisément à l'endroit précis et au moment précis où l'avion tombe est quasi nulle.

De toutes les façons, s'il s'était agi d'un homme des environs, sa famille et/ou amis l'auraient dit et on l'aurait su.

Et s’il s’était agi d’une caravane de contrebandiers ? Difficile de comprendre pour quelle raison ils seraient passés par cet endroit rocailleux, alors que l'autre côté de la voie était nettement plus "carrossable".

Si tout plein de raisons peuvent avoir provoqué la chute de l’avion, le mystère est resté entier en ce qui concerne le fameux 13ème cercueil.


Voila ce dont je me rappelle de cette histoire qui a marqué mon enfance.


Salutations,

Henri ORQUERA
FRANCE



 

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