Une partie des sources de cette rubrique sont de Monsieur Éric BRUNET

 

LE Dodge WC54 sanitaire restera dans l’armée jusqu’au milieu des années 1950 qui sera remplacer par le Dodge M 43.
Cette sanitaire a été livrée également aux force françaises libres dans le cadre du prêt bail, elles seront réutilisées par la suite en Algérie et en indochine.
Durant le conflit, les « Marinettes » et les « Rochambelles » de la 2e DB , toutes volontaires féminines engagées pour la durée de la guerre , ont assuré , avec courage et efficacité, au volant de leurs Dodgebaptisées « TANTE MIRABELLE » « MADELEINE - BASTILLE» ou encore « MEKTOUB » « BARAKA » . Leur sourire était un réconfort pour les blessés de la division.
 

Il ne faut pas oublier ces Françaises courageuses qui ont traversé l’Espagne, connu les prisons de Franco, embarqué sur l’Atlantique pour rejoindre le général de Gaulle en 1940 et continué le combat de la France Libre, au même titre que les hommes.
À leur arrivée à Londres, elles sont rapidement réunies dans le Corps des Volontaires féminines,conçu sur le modèle des unités de Volontaires anglaises. Mais leurs affectations évoluent au fur et à mesure des combats. Entre 1943 et 1945, l’armée française est probablement la seule à employer des femmes mêlées aux forces combattantes.
Le Train est le premier corps à créer des sections de conductrices automobiles (instruction du 5 décembre 1942) et les 150 premières recrues du général Martin porteront le surnom de « Merlinettes » ! Le grand nombre de blessés entraîne la création d’un nouveau service féminin de santé militaire. Pour étudier les conditions d'insertion des différents corps féminins dans l’armée, l’épouse du général Catroux, infirmière pendant la Grande Guerre est nommée inspectrice du personnel féminin (IGPF), en août 1943.Plus de 3000 femmes constituent les effectifs de tous les services auxiliaires, en 1944, ce qui nécessite un commandement féminin aux côtés de l’autorité militaire: le commandant Hélène Terré, les capitaines Dupont et Dumesnil sont affectées au commandement des Volontaires féminines de terre,de mer et de l’air.

LES QUAKERS  la 3ème compagnie Médicale et groupe d’ambulancières 

LES MERLINETTES Incorporées au 44e Bataillon de Transmissions puis affectées au 45e BT.

LES MARINETTES 2ème Compagnie Médicale et groupe d’ambulancières

LES ROCHAMBELLES 1er Compagnie Médicale et groupe d’ambulancières


AU MAROC

Des femmes s'engagent, également, dans différents corps de services au sein de l'armée. Dans toute l'AFN, des affiches encouragent ces engagements : « Jeunes filles, engagez-vous, votre place dans les bureaux permettra à un homme de prendre les armes pour reformer notre armée. »

Solange Cuvillier, originaire de Casablanca, rentre ainsi à l'école des ambulancières-secouristes. Après avoir terminé sa formation, elle intègre en mars 1943, un bataillon médical, mis à la disposition de l'armée d'Afrique. Telles ses autres camarades, Solange Cuvillier va devenir « madame Croix-Rouge », comme aimeront à les surnommer les tirailleurs marocains.

A Rabat, une vingtaine de femmes signe pour « les Rochambelles », des ambulancières appartenant à la 2e DB. Parties de New York, « les Rochambelles » arrivent à Rabat, en septembre 1943. Elles sont d'abord 19, conduisant elles-mêmes leurs ambulances, sous les ordres de Suzanne Torrès. A Rabat, elles doublent leur effectif en recrutant des volontaires, pour la plupart de jeunes françaises vivant au Maroc, surnommées affectueusement « les Marocaines » par leurs camarades. Pendant sept mois, toutes vivent dans un vieux bateau délabré sur les quais du Bou Regreg, au pied de la Tour Hassan : « la Péniche » ! Et devant laquelle sont alignées quotidiennement leurs dix-neuf ambulances, portant, pour certaines, des noms évocateurs, tel « la baraka ». C'est sur ce bateau et à Temara, que « les Rochambelles » suivent un entraînement rigoureux en vue des combats pour la libération de la France...

Des femmes entrent également dans le corps des transmissions, nouvellement créé par le général Merlin. Au Maroc, ces futures « merlinettes » reçoivent leur formation à Rabat. Le général Merlin les met alors en condition : « Attendez-vous à des jours sans charme et sans confort, le travail intensif sera votre seule distraction ! »

Dès la campagne de Tunisie et jusqu'au coeur du Reich terrassé, les « merlinettes Ce sont les "Merlinettes", surnom dérivé du colonel Merlin,femmes dans les transmissions», à l'instar des ambulancières, seront de toutes les opérations menées par l'armée française, s'illustrant par leurs compétences, leur dévouement et leur courage...


13e Bataillon Médical (13e B.M.)

A l'origine du 13e BM se trouve le groupe sanitaire qui part de Fort-Lamy en 1942 pour suivre la colonne Leclerc. Il est vite complété par des médecins et infirmiers du Corps Franc d'Afrique et par des évadés venus de France. Enfin par des volontaires américaines (les Rochambelles), anglaises (les Quakers) et des ambulancières de la Marine (les Marinettes). Créé le 1er novembre 1943 à Casablanca, il est la seule formation médicale de la 2e DB. Il fait mouvement vers l'Algérie et embarque à Oran le 30 avril 1944, sur des bâtiments britanniques. L'unité est cantonnée le 10 juin à Cottingham. Embarqué le 30 juillet et débarqué en France. Du 5 au 21 août c'est la campagne de Normandie. Le 25 août il est à Paris, participe aux campagnes des Vosges, de Lorraine et d'Alsace. Puis c'est le front de l'Atlantique et l'Allemagne. Il est dissous fin janvier 1945

LES ROCHAMBELLES 1er Compagnie médicale et groupe d'ambulancières

photos des Rochambelles 

LES MARINETTES 2ème Compagnie Médicale et groupe d'ambulancières

les ambulancières, surnommées les Marinettes, commandées par l'enseigne de vaisseau féminin Carsignol. Elles assurent l'évacuation des blessés (brancardage, premiers soins, chargement dans les ambulances ect...) Les ambulancières MARINETTES attachées au bataillon médical de la 2ème D.B. Elles firent toutes la campagne d'Alençon à Bertschesgaden

Major Florence Conrad, Suzanne Torrès, Suzanne Massu

Major Florence Conrad

 

Le RBFM (Régiment Blindé de Fusiliers Marins), affecté en soutien à la 2e DB (Division Blindée) depuis le 8 avril 1944, partie de Paris le 8 septembre 1944 en ayant reçu l'ordre d'attaquer en direction d'Epinal, poursuit son avancée dans les Vosges et la Meurthe-et-Moselle.

Le RBFM atteint la Moselle le 13 septembre 1944. Le 15 septembre, le 1er escadron est à Contrexéville, le 2e à Darney, le 3e à Valfroicourt, le 4e à Dompaire. Du 16 au 18, Epinal est contournée par le nord-est. Le 19 septembre, à Flin sur la Meurthe, l'aumonier, le révérend père Sibille, est tué par un éclat d'obus. Du 20 au 22, la division franchit la Moselle de vive force à Châtel et le PC du RBFM s'installe à Clézentaine, à 9 km dans le nord-ouest de Rambervillers. Le 23, le 1e escadron est à Xaffévillers, le 2e est au repos à Haillainville et Rehaincourt, le 3e en tête de la division progresse sur l'axe Luneville-Baccarat et le 4e est à Moyen. L'axe Lunévile-Blamont est atteint le 28. Le 30, Rambervillers est pris. 

 

Aujourd'hui dimanche 20 novembre 2004, ma ville a fêté le 60è anniversaire de sa libération , j'ai eu la joie de discuté avec des anciens de la 2 DB et du 501e R.C.C. et surtout d'avoir le plaisir d'échanger quelques mots avec des MARINETTES je veux rendre hommage à leur courage, leur dévouement, leur sacrifice

A droite Madame Rosette PESCHAUD (ROCHAMBELLES de la 2è D.B.)

LES ROCHAMBELLES

Rochambelles de la Division Leclerc, à droite Madame Rosette Peschaud

3 Rochambelles de la Division Leclerc

 

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AMBULANCIÈRES – INFIRMIÈRES ET MÉDECINS LE SERVICE DE SANTÉ

Notre Service de santé est une synthèse d’éléments, tous volontaires, venus de l’Empire, de la Métropole et même des États-unis.

 

Le noyau original a été constitué par le groupe sanitaire de colonne qui partit de Fort-Lamy en décembre 1942 pour suivre la <<colonne Leclerc>> au départ du Tchad.

 

A ce noyau vinrent s’adjoindre les médecins et infirmières servant au corps franc d’Afrique quand celui-ci fut dissous à l’issue de la campagne victorieuse de Tunisie. Il fut complété par les médecins et infirmières évadés de France par l’Espagne pour venir servir dans les rang des Forces françaises combattantes.

 

La Division compte maintenant 74 médecins, 4 pharmaciens, 7 dentistes, 11 officiers d’administration, 519 infirmiers et brancardiers, 90 ambulanciers et une équipe de 30 dans chacune des 3 compagnies du bataillon médical.

 

Une de ces trois équipes ambulancières est formée par des volontaires féminines dont les principaux éléments ont été recrutés en Amérique par Madame la commandante Conrad : c’est l’unité Rochambeau (1er Compagnie médicale) ; une autre équipe est composée de 30 volontaires anglais (Quakers) affectés à la 3e Compagnie médicale. Une équipe de 9 ambulancières de la Marine sert à la 2e Compagnie médicale.

 

Ce personnel dispose de 209 véhicules, 58 ambulances, dont 19 sont le fruit d’un don obtenu par Madame la commandante Conrad aux Etats-Unis, 78 camions ou camionnettes, 26 half-tracks, 34 jeep et de 15 postes de radio.

 

La place nous manque ici pour dire l’importance du travail réalisé en temps de stationnement comme en temps d’opérations par l’ensemble du personnel sanitaire de la Division.

 

Indiquons simplement que pendant la campagne de France plus de 3.000 blessés relevés et traités d’urgence par le Service de santé des corps de troupes ont été ensuite soignés par les compagnies médicales de la Division et évacués sur les formations hospitalières américaines établies en arrière.

 

Ce chiffre élevé ne comprend ni les malades (plus de 2.000) ni les accidentés, malheureusement fort nombreux au cours d’une guerre de mouvement fertile en péripéties de toute sorte, au cours de la même période.

 

Il ne tient pas davantage compte des nombreux petits malades ou blessées qui, traités complètement sur place, n’ont pas dépassé l’échelon <<corps de troupe>> ou <<compagnie médicale>>.

 

Depuis le débarquement de mai 1944 de la Division en Angleterre et pendant la campagne de France, notre service de santé a fonctionné entièrement sur le type américain. Nos évacués à court ou à long terme ont bénéficié de la riche organisation et du large ravitaillement des hôpitaux d’évacuation et des hôpitaux généraux américains.

 

Les petits blessés et malades légers ou moyens traités à l’infirmerie divisionnaire, organisée avec les moyens du bataillon médical, ont pu être, eux aussi, soignés dans des conditions particulièrement satisfaisantes grâce à l’abondance, à la qualité des médicaments et du matériel généreusement fournis par nos alliés.

 

Le blessé reçoit les premiers soins d’urgence : pansement, sulfamide, hémostase, appareillage de fractures, injections tonicardiaques ou calmantes, grâce aux moyens sanitaire de l’extrême avant : personnel et matériel organique des corps de troupes ou des sections de ramassage détachés dans les unités.

 

Il est ensuite évacué par les véhicules sanitaires des sections de ramassage ou des corps de troupes : ambulances, plus souvent Jeeps, dont quelques-unes sont munie de porte-brancards, voire half-tracks aménagés pour le transport des blessés sur la compagnie médicale la plus proche, qui est en principe celle de son groupement tactique.

 

C’est à la section de triage-traitement de cette compagnie médicale que sont effectués les actes médico-chirurgicaux si important : révision des garrots, des appareillages, réanimations, transfusions, etc., qui permettront l’évacuation des blessées vers les formations de l’arrière dans les meilleurs conditions possibles.

 

 Aussi cette section, installée <<dans le dur>> ou sous tente, est-elle poussée vers l’avant aussi loin que le permettent la sécurité des blessés et la stabilité relative exigée par la minutie des soins qui leur sont donnés.

 

En cas d’avance rapide, elle se dédouble en deux demi-sections, dont l’une se porte rapidement vers l’avant tandis que la seconde assure la continuité des soins pendant ce déplacement.

 

Ce système de progression est appelé par nos médecins procédé de la <<rocade>>. Il permet une adaptation très souple aux fluctuations (elles furent extrêmement rapide) du combat de la Division blindée, mais il n’est possible qu’avec un excellent entraînement du personnel : celui-ci fut astreint à de nombreuses manœuvres lors des stationnements en Afrique du Nord et en Angleterre.

 

En arrière de la Division se trouve étagées les différentes formations hospitalières américaines :

Hôpital de campagne, subdivisé en (plantons), dont chacun est accolé à une division et doté de (teams) spécialisés dans toutes les branches de la chirurgie ; il est particulièrement destiné au traitement des grandes urgences : blessés de l’abdomen, du thorax, poly blessés, grands fracturés, hémorragies qui ne pourraient supporter une évacuation plus longue.

 

Hôpitaux d’évacuation

Hôpitaux généraux, établis plus à l’arrière.

Par ses liaisons avec les directeurs du Service de santé de l’Armée et du Corps d’armée américain, le directeur du Service de santé divisionnaire obtient à l’arrière tous les moyens supplémentaires nécessités par l’afflux, prévu à l’avance, du nombre des blessés : équipes chirurgicales en renfort dans le (planton) d’hôpital de campagne, voire affectation d’un deuxième (planton), augmentation de nombre des ambulances américaines assurent les évacuations des compagnies médicales de la Division aux formation américaines, ext. Car le Service de santé de la Division est pratiquement dégagé de tout souci vers l’arrière puisqu’une section d’ambulanciers américains (10 voitures et d’avantage en cas de besoin) est accordée à chacune de nos trois compagnies médicales et assure les évacuations des sections de triage-traitement vers les hôpitaux de campagne et d’évacuation américaines.

 

Enfin, des hôpitaux généraux, la totalité de nos blessés à long terme aboutissent ultérieurement, par trains sanitaires, au Val-de-Grâce ou à d’autres formations spécialisées françaises de la région parisienne.

 

Que dire des traitements modernes appliqués à nos glorieux blessés dans les hôpitaux de l’arrière, sinon que leur mise en œuvre a permis de sauver de précieuses et innombrables vies !

 

Nous avons été particulièrement frappés par la perfection et la sécurité des procédés d’anesthésie en (circuit fermé) pratiqués dans les hôpitaux alliés par des spécialistes éminemment qualifiés, par les transfusions massives qui ont permis de véritables résurrections et des interventions dans les meilleurs conditions possible, par les magnifiques résultats dus à l’emploi quasi systématique de la pénicilline, qui évite des septicémies mortelles, par le luxe et la qualité des soins prè-et post-opératoir.

 

Grâce à la conjugaison de tous ces moyens, des statistiques exceptionnelles sont actuellement enregistrées : c’est ainsi que 70 à 80% des grands blessés de l’abdomen et du thorax peuvent être sauvés, pourcentage infiniment supérieur à celui de la guerre de 1914-1918. Voilà, très succinctement exposé, le fonctionnement de notre Service de santé et de ses arrières.

 

Ces quelques faits dans leurs sécheresse ne mettent pas en évidence le mérite des exécutants, qui ont dû s’adapter à des méthodes nouvelles et qui, après avoir servi en Afrique dans des conditions souvent très dures et si différentes, ont eu à s’initier rapidement au fonctionnement du Service de santé américain. Ils ne rendent pas d’avantage compte du courage, du dévouement montrés au vif du combat, lors de la relève et de l’évacuation des blessés. Le combattant est soutenu par son action, pat toute la tension de sa volonté vers l’adversaire. Quand un camarade tombe, on le panse sommairement, on lui fait un garrot, on le couche au creux d’un fossé, puis on repart. Nos équipes arrivent dans le même combat, mais elles, au contraire, pour en voir toute la souffrance. Elles cherchent sous les balles l’homme resté accroché au char et qui saigne, poussent l’ambulance au plus près, commencent ce long et difficile transport d’une chair mutilée qu’il faut raccrocher à la vie. Les médecins se penchent, s’inquiètent, renaissent à l’espoir, opèrent pendant d’immenses journées et d’immenses nuits.

 

Sans aller chercher des tableaux aussi sombres, une de nos ambulancière (elles vont toutes à l’extrême avant, multiplient les allées et venues dans la zone la plus dangereuse, sont elles-mêmes tuées ou blessées) va vous raconter après moi comment dans la forêt d’Ecouves elle fut, bien malgré elle, l’hôtesse des Allemands….

 

Et je regrette de ne pouvoir reproduire in extenso le récit de captivité d’un de nos ambulancier Quakers, M. Waterfield, fait prisonnier en septembre 1944 vers Dompaire lors d’une difficile évacuation de blessés et délivré par son groupement tactique quelques mois plus tard à Strasbourg.

 

Bien souvent nous évoquâmes avec inquiétude sa bucolique silhouette d’hellénisant, constamment courbée dès qu’elle disposait de quelques instants sur son inséparable Eschyle. Mais malheureusement M. Waterfield avait conservé, unique propriété pendant sa captivité, son livre de grec….

                                                         Le médecin lieutenant-colonel RICHET.


Un épisode de guerre de notre groupe d’ambulancières

 

Après une nuit et une journée très agitée au fameux carrefour du (Cercueil), dans la forêt d’Ecouves, des évacuations nombreuses nous ont coupé de notre sous-groupement, qu’il nous faut rejoindre d’urgence.

Voici la Jeep de notre capitaine, et nous saurons ainsi que nous devons foncer sur Ecouché, où se trouve déjà le gros du <<ramassage>> de la 1er Compagnie. Mais des ambulances et des Jeeps déversent encore sur nous des blessés que nous devons évacuer sur Sées. Il est fort tard dans cette nuit du 13 au 14 août lorsque notre petite colonne sanitaire peut enfin, au complet, s’engager sur la route d’Écouché. Mais, qu’importe ! le chemin est sûr pour avoir été emprunté toute la journée par un groupement tactique.

J’ai quatre ambulances conduites par des conductrices et le médecin auxiliaire Valéry, un half-track pour transporter ses brancardiers.

Minuit, une nuit très sombre que troue seule la lueur du canon.

Nous traversons un bois et le bombardement s’intensifie si violemment que nous décidons de stopper dans cet abri naturel pour attendre un peu de calme. Je suis en tête de mes conductrices dans une invraisemblable ambulance de récupération ? une voiture de maraîcher de l’Eure et Loir à peine aménagée, car mon propre véhicule a été endommagé la nuit précédente. Ma coéquipière s’est assoupie. Moi-même je lutte contre le sommeil, car depuis trente-six heures nous n’avons pas connu une minute de repos.

Dans cette demi-conscience j’aperçois soudain, sans presque l’avoir entendu venir, un immense char qui, sur l’étroite route, s’arrête à moins de 30 mètres de mon capot. De véritables grappes humaines le montent. Sherman ? Un char français ? Nos Sherman n’ont pas cette taille gigantesque. Les Américains sont dans le secteur, aucun doute que ce soit eux. Mais, entre deux coups de canons, j’entends des voix, je tends l’oreille… un mot me frappe : <<Etwas>>… ; Je ne sais guère l’allemand, mais j’ai compris, au point que mon sang se fige ! Je murmure à ma coéquipière : <<ne bouge pas ! Nous sommes dans les mains des boches…>> et je me glisse hors de la voiture, du coté du fossé. D’ambulance en ambulance et au half-track, je passe la nouvelle, enjoignant à tous de ne pas sortir des véhicules. Le docteur Valéry, surtout, me semble à la fois pour lui et pour nous représenter le plus grand danger, car déjà bien avant la guerre il eût été une bonne prise pour les nazis, qui avaient de solides raisons de ne l’aimer guère. Il ne faut donc, à aucun prix, qu’il soit vu de nos visiteurs inattendus.

Après m’être délestée dans le fossé de quelques papiers inopportuns, je marche sans enthousiasme vers le char, en demandant à quelques ombres qui en sont descendues, dans une langue des plus vagues, à parler au chef, et c’est ainsi que je fais la connaissance du gradé S.S. qui commande le convoi…. Car c’est bien un convoi dont j’aperçois dans la nuit les ombres gigantesques. Un Alsacien traduit : <<Êtes-vous Américaine ?>> Un instant j’ai la tentation de mentie, car cela nous serait profitable. Mais non : <<Française Croix-Rouge>> ; puis un conciliabule auquel je ne comprends rien. Un homme est détaché, que je suis, très inquiète. Il ouvre la porte de mon ambulance, puis celles des deux suivantes. Les femmes, silencieuses, ne bougent pas. Mais il ne faudrait pas qu’il continue, car, à l’arrière, il y a le half-track et les hommes qui pourraient tout gâter. Mon énervement me donne le courage de ma fâcher : <<Alles Frauen>>, dis-je en prenant son bras avec énergie… et il n’insiste pas… Ouf ! nous retournons auprès du chef. Je pose à mon tour des questions. Je voudrais savoir ce qui se passe derrière eux et si nos forces ont été contre-attaquées, si l’ennemi occupe le terrain. On me répond : <<Blitz… Alles Kaput… keine Franzosen.... kein Amerikaner mehr>>, mais mon interprète me murmure: <<Ce n’est pas vrai.>> Il s’agit de ne pas être emmenés. Je tente de plaider notre cause : <<Des femmes…sans intérêt… et puis nous soignons aussi bien des Allemands…..>> Nous les embarrasserions…. D’ailleurs, ils ont l’air las et indécis, veules…

Il est convenu que la colonne passera et que nous rediscuterons ensuite. Assise au volant de mon ambulance, que heurte au passage sur l’étroit chemin chacun des véhicules, je compte six énormes chars et douze véhicules blindés. Le tout littéralement recouvert d’hommes, comme les tramways de Marseille à l’heure des sorties du travail. Ils passent lentement, interminablement, et le dernier vient bloquer la route, tout contre ma voiture.

Dans l’ombre, alors que je discutais tout à l’heure, ma petite coéquipière, mal éveillée et ne comprenant pas mes paroles, s’est glissée au dehors. Elle voit une ombre et croit reconnaître l’un des nôtres : <<C’est vous, Husan ?- Non, je suis Allemand et vous, vous êtes une demoiselle. C’est bon de voir une demoiselle… moi, je n’ai pas revu ma femme depuis cinq ans. C’est bien malheureux, la guerre, pour tout le monde !>> Quel dialogue dans la nuit !…..

Mais on vient m’appeler. Le chef me convoque, et la difficile discussion reprend. Ai-je été éloquente ? Enfin, la sentence tombe en allemand. On nous laissera là, à la condition que nous nous engagions à ne pas démarrer avant deux heures.

La dernière A.M. allemande est partie. Valéry, qui a surgi de la nuit, et moi nous nous concertons rapidement. Il nous faut partir immédiatement, prévenir au plus tôt, car le Q.G. est derrière nous, vers Mortrée, et la capitaine Sarrazac, sa compagnie et ses spahis vers Argentan ; pas une minutes à perdre. Le G.T.L. est tout près (je le sais par hasard), à Montmerrei, sur une route latérale. Il est plus sûr de le joindre, car peut-être vers Ecouché risquerions-nous d’autres fâcheuses rencontres. Christiane Petit, qui s’est approchée, connaît le chemin, c’est elle qui nous guidera et qui fera au tout petit jour avec moi cette apparition ahurissante au command-car, dans lequel dort le colonel de Langlade. Quel réveil !… Notre odyssée paraît invraisemblable. Mais le commandant Mirabeau nous a vues et accourt. Les cartes s’ouvrent, les ordres par radio fusent, le <<Piper>> est alerté, tout est mis en œuvre instantanément pour arrêter nos ex-compagnons, tandis qu’un café chaud achève de nous remettre de nos émotions.

                                                                                               Suzanne Torres.


  Infirmière américaines

Ni éligibles, ni électrices, les femmes françaises, à l'issue de la défaite de 1940, n'ont pourtant pas hésité, quelles que soient leurs conditions sociales ou culturelles, à refuser l'occupation, à contester la politique du gouvernement de Vichy, à s'engager dans la Résistance ou à rejoindre Londres et les Forces françaises libres. D'autres, plus tard, ont intégré les unités de l'armée d'Afrique qui ont repris le combat après le débarquement anglo-américain de novembre 1942. D'autres encore, arrêtées, ont continué de résister dans les prisons, les camps d'internement comme dans les camps de concentration. Quelle que soit leur fonction dans la Résistance, elles ont encouru les même dangers que les hommes. Cet ouvrage, fruit d'un colloque qui s'est déroulé à Berlin du 8 au 10 octobre 2001, a pour ambition de restituer ce que fût le combat des femmes allemandes et françaises en France pendant la Deuxième Guerre mondiale.

"Les Françaises engagées dans les Forces françaises libres ont été quatre cent trente sur les cinquante-huit mille huit cent soixante-treize personnes qui ont contracté un engagement volontaire jusqu'au 31 juillet 1943 . Sur le plan quantitatif, leur proportion est de 0,74 % au sein des Forces françaises libres, mais les Volontaires féminines ont en réalité représenté beaucoup plus que ce simple chiffre. Pionnières dans un domaine jusque-là réservé aux hommes, elles ont participé à la guerre en étant très exposées au feu, sans être pour autant combattantes en tant que tel. Que la guerre fût une affaire d'hommes, les femmes témoignent qu'à l'épreuve du feu et sur le champ de bataille, ce point de vue n'était pas valable pour les domaines où quiconque avait des compétences était le bienvenu. L'exemple des " Rochambelles ", les ambulancières de la 2e DB, est très significatif. Cette contribution est limitée à l'étude des femmes qui ont signé un engagement dans la France libre. Mais elles n'ont pas été les seules femmes à participer à la guerre. D'autres se sont engagées en Afrique du Nord lors de la réorganisation de l'armée française : Rochambelles, Marinettes, au sein de la 2e DB. Le Corps féminin des transmissions est créé à l'initiative du colonel Merlin, commandant les transmissions des forces terrestres, à la fin de novembre 1942 : les Merlinettes (employées dans les transmissions), dont les premières engagées gagnent le théâtre d'opérations de Tunisie en mars 1943. D'autres seront envoyées en France. Arrêtées, elles seront considérées comme des " politiques " et non des combattantes, et seront déportées à Ravensbrück .

Les femmes participent au défilé de la victoire sur les Champs-Élysées le 18 juin 1945 aux côtés des Américaines et des Anglaises. Le Corps des Volontaires féminines a pour conséquence la création de l'Arme féminine de l'armée de terre par décret du 26 juillet 1944. André Le Troquer, commissaire à la Guerre du CFLN, précisait le 15 janvier 1944 : " La jeune fille ou la jeune femme appelée sous les drapeaux est considérée, par tout soldat digne de ce nom, comme une auxiliaire travaillant pour la même cause que lui : celle de la France . " La Deuxième Guerre mondiale a permis une évolution décisive pour les femmes françaises : le droit de vote accordé par l'Assemblée consultative provisoire en mars 1944 à Alger et la création d'une armée féminine.

Les Françaises libres n'ont pas été les oubliées de l'Histoire. Il y a plutôt des histoires oubliées. Il y a aussi des pans d'histoire à étudier. Il reste en effet à écrire une histoire de ces Françaises libres."

(Levisse-Touzé, C.,"Les femmes dans la France libre", in  Les femmes dans la Résistance en France, actes du colloque, sous la direction de C. Levisse-Touzé, Metchild Gilzmer et Stefan Martens, Tallandier, 2003)

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Suzanne Massu

Quarante-quatre femmes dans une division blindée, la fameuse 2e DB. Le Maroc, l'Angleterre, le débarquement en Normandie, la libération de Paris, la campagne d'Alsace, l'assaut de l'Allemagne, la prise de Berchtesgaden... voilà l'histoire que raconte Suzanne Massu.

En 1940, Suzanne Massu quitte la France dans l'avion de Saint-Exupéry qui rejoint Alger. Puis elle gagne New York, où elle rencontre une étonnante Américaine qui s'est mis en tête de former une unité sanitaire modèle de première ligne. Inculquer la discipline militaire à des jeunes femmes du meilleur monde n'est pas une mince affaire, et ce récit nous vaut des pages savoureuses. B a p t i s é "Rochambeau" en souvenir du compagnon de La Fayette, le groupe embarque sur le "Pasteur" A Rabat, il est intégré à la 2e DB. Les soldats de Leclerc appellent "Rochambelles" ces ambulancières aux quelles se joignent d'autres Françaises, réfugiées ou pieds-noirs. Devenue le chef des Rochambelles, Suzanne Massu va vivre mille aventures, tantôt tragiques, tantôt cocasses, toujours périlleuses. S'en tenant à la chose vécue, elle nous raconte l'épopée Leclerc, "du point de vue de Fabrice à Waterloo", et son livre, grave et plein d'humour, précis et foisonnant, a les qualités de la vie même.
Sonlivre, QUAND J'ETAIS ROCHAMBELLE ; DE NEW YORK A BERCHTESGADEN 
MASSU, SUZANNE 
GRASSET ET FASQUELLE 



Major Florence Conrad 

Il était une fois...une grande Américaine amoureuse de la France au point de participer volontairement comme infirmière dans un hôpital pendant la Première Guerre Mondiale puis de s'y installer, d'être encore une fois dans les Services Sanitaires dès 1939 mais elle est contrainte de revenir aux Etats-Unis peu avant leur entrée en guerre. Rongeant son frein, elle échaffaude un plan pour intervenir à nouveau dans son pays d'adoption : mettant à contribution ses connaissances dans la haute société américaine et les puissantes associations féminines, elle achète 19 ambulances Dodge WC 54. Elle organise un recrutement auprès des Françaises émigrées de gré ou de force. C'est ainsi que Suzanne Torrès se retrouve "Lieutenant" du Major Florence Conrad un beau jour d'été 1943 ! Florence a choisi Suzanne comme second parce qu'elle était la seule de ses recrues ayant déjà servi dans les Services Sanitaires au début du conflit.

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