Les
Vosges (1915-1916). L'heure de gloire des Alpins remonte à l'année 1915,
avec les combats pour la possession de l'arête sommitale des Vosges, des
combats d'une violence extrême. Les Alpins y furent engagés sous la forme de
deux divisions bleues, les 47e et 66e DI, qui constituèrent ce que l'on nomma
l'armée des Vosges.
Impressionnés par leur valeur, les Allemands les nommèrent les Schwarze
Teufel, les "Diables bleus". Les troupes s'efforçaient chacune de
prendre le contrôle de pitons dont le seul but était de maîtriser
l'observation. De terribles combats eurent lieu pour la conquête de ces sommets
anodins, comme la Tête des Faux, l'Hilsenfirst, le Braunkopf où le Hartmannswillerkopf
(également connu sous le nom du "Vieil Armand") où, du 7 au 9
janvier 1916, les 7e et 47e BCA perdirent 1.500 hommes. Au total cette bataille
vit la mort de 20.000 hommes. On citera aussi le Lingekopf qui reçut le nom de
"tombeau des chasseurs".
De tels drames ne peuvent que faire penser à ces paroles de Guillaume
Apollinaire (1880-1918):
Si je mourrais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour, ô Lou, ma bien-aimée,
Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l'armée,
Un bel obus semblable aux mimosas en fleurs.
C'est un Chasseur Alpin, Albert Severin Roche, qui fut nommé premier soldat de France à la fin de la Guerre. Le 27 novembre 1918, Foch apparut au balcon de la l'hôtel de ville de Strasbourg avec à ses côtés un humble soldat, le chasseur Roche, du 27e BCA qu'il présenta à la foule avec ces mots: "Alsaciens, je vous présente votre libérateur, le premier soldat de France !" L'homme reçut alors la croix de la Légion d'honneur des mains du commandant de l'armée des Vosges, le général de Maud'huy. Blessé neuf fois, le chasseur Roche fit à lui seul 1.180 prisonniers et détruisit tout seul un nid de mitrailleuses. Victime de sa modestie, personne ne songea en temps de guerre à lui donner du galon.