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Quelques souvenirs de mon Théatre d’ Opèrations . –
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De l’Indochine , je ne connais que le sud du Tonkin , mais , de l’avoir tant parcouru j’en ai les souvenirs les plus fermes encore aujourd’hui . Le triangle Hanoi , Haiphong , Phat-Diem ,m’a livré beaucoup de ses secrets , je parle ici des sites et non des gens .
Les gens, cependant, je les ai un peu connus , aidé que je le fus par mes amis de l’armée Vietnamienne , assez fiers de faire connaître leur pays , leurs traditions , souvent le lieu de leur naissance et parfois, la résidence de leur famille lorsque nous traversions leur village .
Le sud Tonkin était essentiellement catholique : il y avait une cathèdrale et un évêque à Phat-Diem, près du Day ,
un evêque , une cathèdrale et une église, sur le fleuve rouge à Bui-Chu
PHAT-DIEM-
BUI-CHU-
Autour de ces riches, très riches édifices , il n’y avait que des paillotes , habitées par de pauvres gens…..catholiques .
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Peu de temps avant mon arrivée , les évêques étaient encore de véritables chefs de bandes, plus seigneurs féodaux que curés …..Et ils étaient tous très fortement armés !
L’evêque de Phat-Diem , Le Huu-Tu , avait même un temps été conseiller d’Ho-chi-minh, et, avant 1950 , lui et l’evêque de Bui-chu , avec leurs bandes fortement armées ,refusaient d’obeir au gouverneur du Tonkin .
En 1951 , le Génèral De Lattre , commandant en chef ,avait un fils , lieutenant à Nam-Dinh dans un régiment ( le 1er Chasseurs )doté d’engins amphibies à chenilles qui faisaient merveille dans la boue des rizières : les Crabes et les Alligators ! Début de cette année 51 , il y eut pendant plusieurs jours ,au sud de Nam-Dinh , sur la rivière du Day , à Ninh-Binh ,un engagement très violent avec le viet ,et un soir nous apprîmes que Bernard de Lattre de Tassigny avait été tué sur un éperon rocheux , qui devint le fameux rocher de Ninh-binh—c’était le 2 9 Mai .
De Lattre fut persuadé que c’est à cause des évêques que son fils avait été tué : -- Ils insultent les Français – déclarait-il peu de temps après . Le Génèral de Lattre mourait le 11 Janvier 1952 : -- ignorants de sa maladie, de sa souffrance de père , tous les militaires , moi le premier , avions crié à l’abandon lorsqu’il quitta subitement l’ Indochine dans l’été 1951 .
A cette époque , sauf pour la dénigrer , l’armée du corps expèditionnaire d’ Extrème Orient faisait très rarement les titres des journaux . Nos gouvernants d’alors ,poussés par leurs partis politiques se montraient aussi inopèrants et inefficaces que possible ,certains ouvriers qui travaillaient dans les usines de fabrication de nos matériels s’évertuaient à saboter le plus possible , véhicules ,matèriels divers ,piles de postes radio surtout.. Sur place , en Indo, c’était la gabgie , l’anarchie ….
Les chefs se déchirant souvent entre eux..De celà on ne parla presque jamais…..Aujourd’hui, ils ont tous oublié !!! J’ai donc cru de mon devoir de petit, de dire assez librement ce que je pense , au fil de mes histoires…pas clairement toujours , mais très franchement . Ici , je me fous de la manière et de ce qu’on en pensera . …à mon âge ! !
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Il est invraisemblable que beaucoup de ceux qui furent de cette expèdition , les hauts gradés surtout , n’aient jamais élevé la moindre protestation contre cet abandon, on comprend qu’ils devaient préserver leur carrière , leur avancement, … -- Les morts restés là-bas ne parlent pas beaucoup ,mais aujourd’hui , par contre , ces illustres anciens écrivent…..expliquent…..dénoncent, même….dans des bouquins qu’ils vendent au moins 2 0 Euros
Les souvenirs que j’ai de cette période de ma jeunesse me reviennent en mémoire dans le désordre , impossible parfois de bien les situer dans le temps,je les conterai donc au fur et à mesure de leur résurgence
--(ça fait quand même plus de 50 ans…réalisez que 50 ans après 1918 , c’était
1968 !!! )
Celui de mes souvenirs, le seul qui me reste de tous les jours c’est…….la fringale ! Déjà au bahut , on ne parlait que de bouffe .. on crevait la dalle en 43-44 surtout !!
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En Indochine , si on admet que la moitié du temps, en base arrière , je prenais mes repas dans un resto Vietnamien aux menus variés, copieux ,soignés , en opèration ,nous étions de plus en plus souvent « engagés » avec des bataillons vietnamiens, c’était alors le menu « bougnoul » tous les jours : riz au réveil, riz à midi et riz le soir , le Bep (cuisinier vietnamien )ne savait rien faire d’autre qu’une omelette,lorsque , chance inouïe on trouvait des œufs à acheter .( Ne surtout pas voler …ni commettre de brutalités avec la population….nous nous devions d’être irrèprochables vis-à-vis de nos hommes. Nous n’avons jamais rien fait ,par la force ou la violence , d’ailleurs , avec ces gens , tout est si facile avec la douceur. ) J’étais donc en recherche permanente de bananes à cochon, de mangues , de petits pamplemousses et de tout ce qui pouvait se bouffer . Pas question d’acheter du pain, sauf dans les villes et jamais de vin ou de bière ,heureusement qu’à l’époque je ne buvais que de l’eau .(Il a bien changé vont penser mes petits fils !! )
Autre souvenir : la fatigue !. La marche
dans les rizières , et les veilles prolongées car ,nous autres européens, devions , pour notre sécurité, veiller plus que d’autres, noyés que nous étions souvent dans l’incertitude de cette masse de soldats et civils annamites, potentiellement dangereuse pour notre sécurité . Incertitude permanente qui a longtemps laissé un profond sillon dans les souvenirs que j’ai en mémoire de ces temps là …c’est diffèrent mais pire que la trouille…En effet , les viets , s’enhardissant de jour en jour ,incitaient sans cesse les militaires vietnamiens à les rejoindre et à se débarrasser des Français de l’encadrement. Si quelques rares de nos « administrés » désertèrent , souvent à l’occasion d’une permission ,ce ne fut jamais, par chance, contrairement à certaines unités,où celà se passa très mal, en masse et avec violence extrème ! -- Donc,faire attention , se méfier , étaient nécessaires , cependant ,contrairement à ce qu’on pourrait croire , ce ne fut pas l’angoisse et celà ne nous empècha jamais ,en base arrière , de rigoler, de faire des conneries même . …/…
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( Avant d’aller plus loin dans ce récit ,il me semble que pour valider la qualité de mes souvenirs , il ést indispensable que je diffuse ici , deux pages d’images de ces souvenirs )
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Il me reste le souvenir de descentes à Hanoi, bien sûr pas très fréquentes , dans le plus grand hotel de la rue Paul Bert, et des repas somptueux qu’on s’y faisait servir à des prix exhorbitants , débordements assez rares , il est vrai , qui eurent souvent pour motif , les retrouvailles d’un ami , son retour au pays ,et hélas parfois , en souvenir de lui, après sa subite « disparition » …. Mais , peut-il comprendre ces débordements , ces extravagances , celui qui n’a jamais décollé le cul de son fauteuil ??
Le reste du temps , nous étions assez souvent dans la fatigue et la merdaille, et , au risque de choquer, j’ose dire que nous pouvions faire certaines exentricités puisque les gens de métropole nous ignoraient totalement…enfin, pas tous :
-- A cette époque , il était de bon ton par exemple ,de faire des quêtes pour les victimes de ce conflit et le secours populaire , organe du parti communiste s’y employait à fond. Mais qui savait alors ,que le destinataire , s’il était bien vietnamien, fut , jusqu’à la fin du conflit, vietnamien et militaire du nord , donc de l’armée révolutionnaire ??.Ces « secouristes » ont peut-être oublié ? Moi : J A M A I S -- A ce sujet , une anecdote ….. Un de mes collègues à l’ANPE (agence Nle pour l’emploi ) d’après ma vie militaire, fut , au début de son retour à la vie normale, après qu’il eut quitté la prêtrise ,employé au secours populaire. En désaccord complet avec les idées et les méthodes de ces gens ,il fut mis fin à cette collaboration pour incompatibilité de doctrine idéologique( Combien de fois , l’ami Michel,n’a-t-il pas évoqué cette aventure ….)
Qui se souvient que le ministre des armées de l’époque , vieux radical socialiste , répétait à qui voulait l’entendre , qu’il n’aimait ni les militaires,ni la guerre ? Eh OUI ! A cette époque, on ne parlait de l’armée que pour l’attaquer , et elle le fut de tous les cotés , l’antimilitarisme fut débridé ..Pourtant , qui nous envoyait en Indo ?
Le parti communiste, par la voix de son chef osa même déclarer ouvertement :
-- Le communisme doit combattre l’armée française partout où elle se rendra --
Peut-on oublier que les manifestes rédigés contre un bol de riz dans les camps de la mort du viet-minh , étaient régulièrement publiés dans l’huma ?
Alors , qu’on ne m’en veuille pas de faire mien ce dicton de mon vieil ami Corse LEONI , Augustin pour les copains
--« Les amis de mes amis sont mes amis , mais les amis de mes ennemis sont mes ennemis »
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Ceci dit , je ne me plains pas , je suis même heureux d’avoir connu ces moments exhaltants –Je ne sais plus qui disait : -- « Mes rêves, je ne les ai jamais réalisés,mais je suis content de les avoir eus » --- n’est-ce pas une chance que d’avoir pu réaliser certains des miens ?? rêves d’enfance …. Je conterai peu des conflits, ma situation de transmetteur ne m’ayant jamais mis en avant de la situation des troupes . Le transmetteur que j’étais ,s’il savait tout avant les autres :-- Ce qui se passait à l’avant, ce que serait le programme du lendemain, ne voyait que très rarement ce qui se passait parfois même tout près de lui….mais…était-il de cette affaire, ce branleur ??
Il me semble que les petites histoires d’une histoire sont plus faciles à conter,plus intéressantes à lire ,et surtout plus marrantes . Alors ‘ avant que ceux qui n’ont rien vécu de cette aventure Indochinoise de mes vingt ans en écrivent l’histoire à leur façon, ainsi que certains sont entrain de le faire pour l’histoire du maquis du village Maconnais de mes étés, voici quelques anecdotes relatives à cette période de ma jeunesse. Je me répèterai certainement, c’est pas facile d’écrire une histoire suivie surtout,si longtemps après ..(Et surtout ,aussi ,lorsqu’on fut Adjudant…).
J’ai, pendant presque trois ans, vécu au milieu de gens aux traditions et aux croyances assez diffèrentes des miennes,invité en toutes occasions dans les familles . Chez les parents, bien qu’étant aussi jeune, que les militaires, leurs enfants ,j’ai toujours été traité avec amitié , respect et souvent aussi avec affection . Alors , aujourd’hui encore , j’ai du mal à admettre la lacheté et l’indifférence avec lesquelles nous les avons abandonnés .
Et ça , c’est pas facile à supporter !!
-- Ce chapitre est intitulé : « Quelques souvenirs de mon théatre d’opèration » --- Je crois que j’ai un peu dévié !!
-- TANT PIS …..
Pour conforter ce qui est dit dans ce chapitre :
--En annexe 1 : Extraits de :-- J’ai survécu à l’enfer des camps viet-minh
D’Amedée THEVENET .
-- En annexe 2 : -SOLDATS de France d’ Arthur COMTE
( Annexes classées dans mon dossier personnel mais facilement diffusables )