OPERATION DE LA 2ème D.B. APRES LA PRISE DE STRASBOURG DECEMBRE 1944 A FEVRIER 1945

 

Fin novembre 1944 la D.B. se déploie vers la sur. Du fait de la percée sur Strasbourg, l’armée allemande en Alsace se trouvait coupée en deux et il semblait que sa liquidation ne serait qu’une question de quelques jours. Ce ne fut pas le cas.

 

Il faut noter qu’à la même période les allemands avaient essayé, par une forte contre-attaque partant du nord de l’Alsace non libérée, en direction de Sarrebourg et de Saverne, de couper à sa racine la trouée réalisée par le Général Leclerc. Les Américains avaient stoppé cette contre-attaque et la 44ème Division d’infanterie US qui avait progressée dans notre ville s’était déployée au nord de Strasbourg vers Brumath et Haguenau.

 

Dès le 24 Novembre les Allemands s’étaient repris et essayaient de reconstituer au Sud de Strasbourg un flanc solide traversant la plaine en s’appuyant sur la région de Colmar solidement tenue malgré les puissantes attaques menées au Sud par la 1ère Armée française. Toutes les reconnaissances en direction du sud rencontraient une sérieuse résistance.

 

Partie Illkirch-Graffenstaden la Compagnie BRANET avait emprunté la route dite du « Rhin » qui descendait vers la sud de l’Alsace entre le Rhin et la canal du Rhône au Rhin. A une dizaine de km, nous sommes arrêtés à Krafft. Le grand pont sur le chenal d’alimentation du canal par le Rhin été détruit ainsi que celui sur le canal même. Impossible de franchir ces coupures par nos propres moyens.

 

Nous remontons vers Strasbourg pour redescendre vers le sud par la nationale 83 et nous installer pour quelques jours à Kertzfeld, petit village à l’ouest de Benfeld. Lors de ce séjour, le capitaine BRANET nous quitte pour une nouvelle affectation. Il est remplacé par la capitaine de BOISSIEU son compagnon d’évasion d’Allemagne par la Russie.

Il est plus sympathique et plus chaleureux que son prédécesseur !

 

Le 14 Décembre des ordres arrivent. Prendre Witternheim à 8 km au sud de Benfeld et si possible Bindernheim 4 km plus loin. Nous passons Rossfeld déjà libéré. Des antichars et des chars sont signalés un peu partout et de plus il faut traverser une forêt importante. Ce n’est par réjouissant ! De plus, le terrain est détrempé et seules les routes sont praticables. Les chars s’enlisent facilement en raison de l’étroitesse de leurs chenilles. Lors de la progression, un char de la Compagnie en fait l’expérience. Il ne pourra être récupéré que le lendemain, car la nuit tombe à notre arrivée en vue de Witternheim qui semble abandonné par les allemands et les habitants.

 

Le char MORT HOMME II de la 1ère section entre le premier dans le village et quelques minutes après il reçoit un obus antichar qui le transperce et l’incendie. Le chef de char, le sergent JOLIVET et deux membres de l’équipage sont tués.Plusieurs autres obus sont tirés un peu au hasard par des chars PANTHER qui se replient sur Bindernheim. J’étais en train de disposer mes chars pour la nuit lorsque l’un d’eux frôle ma tête, traverse une maison et va s’encastrer dans un épais mur de clôture.

 

La nuit est noir maintenant et la situation est angoissante parce que nous n’avons aucun renseignement sur les positions de l’ennemi. La 9ème Compagnie du III/RMT du capitaine DRONNE qui nous accompagne s’installe défensivement, tant bien que mal, pour la nuit et organise des patrouilles pour inspecter les abords du village. Mes chars sont disposés pour éviter d’éventuels tirs direct et la garde est renforcée. La nuit par contre est étrangement calme. Le lendemain matin une section de chasseurs de chars du RBFM se joint à nous. C’est rassurant parce que leurs canons sont plus efficaces que les nôtres. L’ordre est donné d’arrêter la progression et de s’installer défensivement, car un renseignement nous laisse entendre que les Allemands veulent reprendre le village. Au cours de la journée, ma section est chargée de tenir le hameau le Neunkirch, lieu de pèlerinage à 2 km à l’est du canal. Une demi-section d’infanterie m’accompagne. La chapelle et les bâtiments annexes sont entourés de bosquets touffus où les Allemands sont embusqués. Ils nous envoient jour et nuit des obus de mortiers mais ne tentent pas de s’approcher. Le front se stabilise et un duel d’artillerie s’instaure.

 

Le lendemain, je vois arriver un bataillon de parachutiste de la 1ère Armée qui veut tenter une opération vers la sud, le long du canal en direction de Bindernheim. Nous n’avons pas été informés de cette action qui nous semble inopportune parce que nous savons que les bois de ce secteur sont occupés par les Allemands et que nous pensons que des tirs d’artillerie auraient dû précéder cette attaque d’infanterie. Malheureusement, Ils se rendent compte, mais trop tard, que la plupart des boqueteaux sont truffées de mines antipersonnel dont la mise à feu est commandée à distance. Les paras subissent des pertes effroyables et l’opération est un échec total. Des GMC de la D.B. viendront récupérer les morts. Il ne sera plus question alors de tenter quoi que ce soit dans ce secteur.

 

A Neunkirch, où les tirs de mortier ont cessé, je suis relevé par la section DAVREUX et rejoins Witternheim où les bombardements s’amplifient ! Nous nous installons tant bien que mal dans les caves remplies de betteraves. Nous avons droit aussi aux fameuses « orgues de Staline » que nous appelions les « trains bleus » en raison du bruit tout à fait particulier et impressionnant que faisaient au départ ces fusées de gros calibre qui avaient un effet de souffle considérable.

 

La compagnie est relevée la veille de Noël et nous établissons nos quartiers à Kertzfeld où nous avions déjà été cantonnés, après avoir subi un violent tir de 155 au moment de la relève. Notre installation à Kertzfeld sera de courte durée puisque le 31 décembre nous repassons les Vosges pour prendre position en Lorraine dans la région de Fénétrange et faire face à une contre-attaque qui se dessine en direction de Sarre-Union – Sarralbe avec, sans doute, Sarrebourg comme objectif final.

 

La contre-attaque allemande de Von Rundtedt, dont on a beaucoup parlé ayant échoué, le secteur où nous sommes reste calme. Le capitaine de BOISSIEU m’accorde vers le 15 janvier une permission et une voiture de récupération pour aller voir ma famille installé à Etobon, petit village de Haute-Saône. Je retrouve avec grand plaisir mes parents, mon jeune frère Daniel ainsi que ma sœur Simone avec ses deux enfants. Manquent à l’appel : mon frère Jean-Jacques et mon beau frère, tous deux déportés en Allemagne.

Von Rundtedt

 

A la fin de ma permission je reprends la route malgré la neige, avec la petite voiture Ford, pour rejoindre la compagnie en Lorraine. Malheureusement, le moteur tombe en panne près de Luxeuil-Les-Bains. Un piston cassé, moteur irréparable ! je suis obligé de l’abandonner et contraint de faire du stop. Je trouve une jeep de la 1ère Armée dont le chauffeur m’indique que la 2ème D.B. est revenue en Alsace et qu’il s’y rend également.

Cela tombe bien. Nous passons par Remiremont, Saint-Dié, le col de Sainte-Marie-aux-Mines pour atteindre Ribeauvillé et Guemar où se trouve des véhicules portant l’insigne de la 2ème D.B.

L’officier qui commande ce détachement, met à ma disposition une jeep pour retrouver mon unité. C’est le 31 janvier et j’arrive après la bataille. En effet la compagnie a été engagée dans des conditions très difficiles, en pleine campagne enneigée, par un froid sibérien. Il s’était agi de conquérir deux carrefours important (177 nord et sud) dans le secteur de Grussenheim où la 2ème compagnie du régiment subit des pertes importantes en hommes et matériels. Ces carrefours étaient défendus par plusieurs canons antichars automoteurs de 88 dissimulés dans les nombreux boqueteaux de la plaine. Le char CHEMIN DES DAMES du S/Lt. De LA FOUCHARDIERE est détruit, il est blessé et son radio, le jeune MAGER engagé à Paris est tué. En contrepartie nos chars détruisent cinq automoteurs du type « Horniss ».

 

 

Le capitaine BOISSIEU n’avait pas engagé ma section aux carrefours 177 du fait qu ‘elle se trouvait sans chef. Dès mon arrivée il me demande de me préparer en vue d’une opération sur le bourg de Markolsheim prévue pour le lendemain. C’est au début de l’après midi que nous voyons passer les premiers avions à réaction allemands ( armes secrètes de HITLER ). Il survolent la pleine d’Alsace à une telle vitesse que les chasseurs américains qui sont en l’air et la D.C.A. ne peuvent intervenir efficacement. Ils larguent leurs bombes au loin et on ne les verra plus. Cette démonstration nous laisse rêveurs !

 

En fin d’après midi nous faisosn mouvement sur Ohnenheim village déjà libéré où nous devont passer la nuit. Mes hommes sont ravis de pouvoir enfin passer une nuit dans une grange ou une maison après de nombreuses nuits passées en pleine campagne dans la neige et le froid. A 22 heures tout le monde dort. Une demi-heure plus tard le capitaine me réveille. L’opération sur Marckolsheim doit se faire avant minuit parce que des renseignements indiquent que les Allemands sont en train de renforcer leur défenses antichars. Il faut absolument franchir le canal du Rhône au Rhin et les surprendre pendant la nuit.

 

Le détachement commandé par le capitaine de BOISSIEU est renforcé par des éléments d’infanterie du RMT, du génie et est accompagné d’observateurs d’une batterie d’artillerie. Objectif, le carrefour sur du village. Des légionnaires de la 1ère DFL sont déjà sur le canal et attendent nos chars pour passer sur l’autre rive. Peu avant minuit ordre est donné à l’artillerie d’ouvrir le feu. Aussitôt je fais progresser mes chars en direction du pont du canal que nous devons utiliser, car il a été signalé non entièrement détruit. Plusieurs maisons sont en feu mais on ne voit pas grand chose. Arrivé au pont je descends du char pour voir si il est utilisable. Il est partiellement détruit. Il y a un gros trou sur la coté du tablier mais il semble encore praticable. Avec ma lampe torche je guide le HARTMANNSWILLERKOPF. C’est juste mais il passe. Les autres suivront rapidement. Nous nous engageons dans la village pour atteindre le rue principale et nous fonçons vers le carrefour sud ; les allemands sont totalement surpris et n’ffrent pratiquement pas de résistance. La plupart se sont réfugiés dans les caves à cause des tirs d’artillerie. Les canons antichars annoncés n’étaient pas encore arrivés. Quelle chance pour nous, car dans le village nous aurions fait de bonnes cibles.

 

D’autres éléments ont bloqué le carrefour nord fermant ainsi la nasse dans laquelle on dénombre un grand nombre de prisonniers.

 

Dès le matin du 1er février le GTL, en particulier le 12ème R.A.C, profite de l’opportunité pour progresser le long de la route du Rhin afin de réaliser la jonction avec la 1ère D.B. de la 1ère Armée qui remonte vers le nord ; La jonction sera faite aux environs de Fessenheim réalisant ainsi le bouclage de l’importante poche de Colmar qui capitulera quelques jours après, suite à la grosse poussée des troupes du Général de Lattre de Tassigny.

    La libération totale de l’ALSACE est enfin une réalité.

Tous mes remerciements 
Au capitaine Christen -Marcel , pour le prêt et l’exploitation de ses mémoires et documents extraits de sa collections personnelles.